Revues de presse

La revue de presse du 14 mars 2026

L’IA crĂ©era-t-elle des formes de vie exotiques ?

Après avoir créé, en 2008, des premiers gĂ©nomes artificiels et donnĂ© naissance Ă  des cellules synthĂ©tiques, des biologistes utilisent Ă  prĂ©sent l’IA pour concevoir de nouveaux gĂ©nomes, entièrement nouveaux mais fonctionnels, Ă  partir de milliards d’ADN naturels existants. Encore faut-il pouvoir synthĂ©tiser ensuite physiquement ces ADN et les tester – c’est quand mĂŞme mieux – en laboratoire. Mais la perspective est ouverte d’engendrer des formes de vie radicalement diffĂ©rentes. Pour le meilleur ou pour le pire ?

[Nature]

Les Français ne dorment pas assez !

Une nouvelle enquĂŞte montrent que les Français dorment aujourd’hui près d’un quart d’heure de moins qu’en 2024. En 50 ans, le temps de sommeil a diminuĂ© d’environ une heure et demie, pour arriver Ă  6H50 par nuit en moyenne. Plus de 30 % des enfants et jusqu’à 70 % des adolescents ne dorment pas assez. Une « dette de sommeil Â» liĂ©e Ă  nos modes de vie, qui n’est pas sans consĂ©quence sur la santĂ©, avec une augmentation de l’obĂ©sitĂ© et des risques de diabète, de maladies cardio-vasculaires, ou de cancers. Le travail c’est la santĂ© ? Peut-ĂŞtre. Mais bien dormir aide Ă  la conserver.

[Le Monde]

Les rongeurs rongent d’abord… par plaisir

Mais pourquoi les rongeurs, comme les souris ou les hamsters, grignotent-ils frĂ©nĂ©tiquement tout ce qu’ils trouvent ? Ce rĂ©flexe leur est vital pour limer naturellement leurs incisives, qui croissent de façon permanente. Mais des chercheurs se sont rendu compte que ronger activait aussi dans leur cerveau les circuits de la dopamine, impliquĂ©s dans la rĂ©compense et le plaisir. Des connexions analogues pourraient expliquer notre propre compulsion Ă  mâcher du chew gum, nos ongles ou nos capuchons de stylo.

[Science]

La revue de presse du 07 mars 2026

Guerre du feu chez les paléontologues

Des fragments de pyrite, ou « pierre Ă  feu Â», dĂ©couverts sur un site anglais vieux de 415 000 ans, relancent les querelles palĂ©ontologiques. Il s’agit en effet de la preuve la plus ancienne de fabrication de feu. Ce site dĂ©montre-t-il pour autant que le feu, en ces âges lointains, Ă©tait dĂ©jĂ  maĂ®trisĂ© et que son usage s’était rĂ©pandu comme une traĂ®nĂ©e de poudre ? Certains en sont convaincus, y voyant l’origine indirecte de l’augmentation de volume du cerveau du genre Homo. Mais ils affrontent ceux pour qui la maĂ®trise du feu n’a Ă©tĂ© que sporadique, plusieurs fois perdue et reconquise, jusqu’à il y a environ 50 000 ans. NĂ©andertal avait-il ses propres briquets ou a-t-il dĂ» attendre Sapiens ? Chaque camp affĂ»te ses arguments comme des silex, pour nourrir un dĂ©bat promĂ©thĂ©en qui fait des Ă©tincelles.

[Le Monde]

L’impact climatique des chemtrails

Les esprits complotistes voient dans les traînées de condensation, qui apparaissent dans le sillage des avions, des traces d’épandages massifs de substances déversées à notre insu. Les climatologues, eux, préfèrent étudier plus sérieusement l’impact de ce phénomène physique bien connu – la condensation des gaz chauds et humides au contact de l’air plus froid – sur le réchauffement climatique. Car si l’effet de serre de ces nuages artificiels est très peu documenté, il pourrait être du même ordre de grandeur que celui des émissions de CO2 de l’avion elles-mêmes. Or, des changements modestes de trajectoire ou d’altitude, sur une fraction infime de vols, diminuerait drastiquement cet impact climatique pour un coût minime. Un argument susceptible de faire décoller les recherches dans ce domaine.

[Anthropocene]

Le sang des pédiatres contre les maladies infantiles

Qui possède les meilleures dĂ©fenses immunitaires contre les maladies infantiles ? Les pĂ©diatres, bien sĂ»r ! Leur sang contiendrait des anticorps 25 fois plus puissants que les antiviraux existants contre le virus respiratoire syncytial, cause frĂ©quente de bronchiolite et de pneumonie chez le nourrisson. Des anticorps qu’ils se forgent, au fil de leur carrière, par leurs expositions rĂ©gulières au virus. Et dont ils peuvent faire don aujourd’hui Ă  la recherche mĂ©dicale.

[New Scientist]

La revue de presse du 28 février 2026

Le colosse Vera Rubin va cartographier l’univers profond

Niché dans les Andes chiliennes, le nouvel observatoire Vera Rubin photographiera dès juin l’intégralité du ciel austral, tous les trois jours, avec une profondeur inégalée. Un projet colossal, démarré il y a plus de vingt ans. Son télescope de 350 tonnes adopte un système audacieux de miroirs encastrés au sein d’un bloc de 8,4 mètres de diamètre, pour envoyer la lumière d’une surface comparable à 45 fois la taille de la pleine Lune vers une caméra de trois tonnes, la plus imposante jamais construite. Elle prendra chaque nuit près de mille images du ciel, avec une résolution de moins d’une seconde d’arc. En une seule année, Vera Rubin produira autant de données astronomiques que l’ensemble de tous les observatoires précédents. Il réalisera un inventaire inédit du cosmos, en cataloguant notamment 20 milliards de galaxies. Pour mieux comprendre, entre autres, l’expansion de l’univers.

[Le Monde]

Le verre peut stocker nos données plus de 10 000 ans

Un nouveau procédé permet de stocker 2 téraoctets (TO) de données, soit des centaines d’heures de vidéos, dans de simples galettes de verre suffisamment inertes pour rester inaltérées durant des milliers d’années (contre une décennie environ pour les disques durs actuels). Un laser modifie l’index de réfraction du verre sur une zone de 100 nanomètres de large sur deux d’épaisseur. Cette modification est ensuite lue en détectant la réfraction d’un faisceau de lumière à l’aide d’un microscope optique. En variant la profondeur et la focalisation du laser, des centaines de couches peuvent être gravées, à la vitesse de 66 Mégaoctets (MO) par seconde, par des faisceaux œuvrant en parallèle. De quoi transmettre aux générations futures nos enseignements les plus précieux, qui ne seront peut-être plus gravés dans le marbre, mais resteront dans le verre.

[Science]

Les fermiers américains ne veulent pas cultiver des données

Dans leur volontĂ© de couvrir la planète de centres de donnĂ©es, les Gafam se heurtent Ă  un obstacle imprĂ©vu : des fermiers amĂ©ricains refusent de vendre les terrains nĂ©cessaires Ă  leurs lĂ©gions de serveurs. Les sommes proposĂ©es sont pourtant allĂ©chantes : plus de 33 millions de dollars pour une ferme de 260 ha dans le Kentucky, 80 millions pour une autre dans le Wisconsin. Rien n’y fait. Beaucoup refusent de sabrer leurs racines paysannes pour des projets qui contaminent les sols et assèchent les nappes. Les serveurs, rĂ©torquent-ils, ne se mangent pas. Mais s’ils ne nourrissent pas leur homme, ils en enrichissent d’autres, les intermĂ©diaires rĂ©alisant des profits colossaux lorsqu’ils parviennent malgrĂ© tout Ă  acquĂ©rir des terres qu’ils revendent aux Gafam, promesses d’emplois et de taxes locales Ă  la clĂ©. Au risque de dĂ©pouiller certains comtĂ©s d’un bien qui n’a pas de prix : leur identitĂ©.

[The Guardian]

La revue de presse du 19 février 2026

Des scientifiques piégés par les fichiers Epstein

Après les politiques et les hommes d’affaires, c’est au tour de scientifiques de se retrouver engluĂ©s dans la toile des rĂ©seaux interlopes de Jeffrey Epstein. Il est vrai que le milliardaire, retrouvĂ© suicidĂ© dans sa cellule en 2019 alors qu’il Ă©tait accusĂ© de trafics sexuels et d’abus de mineures, a Ă©tĂ© professeur de mathĂ©matiques. Sa correspondance rĂ©vèle des cadeaux embarrassants Ă  diffĂ©rents chercheurs. Ainsi, 800 000 dollars reçus par le prestigieux MIT, et jusqu’à 6,5 millions de dollars pour crĂ©er ailleurs un centre de modĂ©lisation Ă©volutionniste. Recevoir de l’argent d’un criminel n’est pas un dĂ©lit. Mais ces sommes interrogent sur les liens que Jeffrey Epstein entretenait avec les rĂ©seaux scientifiques. La fin justifie-t-elle les moyens pour financer ses recherches ? Pas sĂ»r, lorsqu’on dĂ©couvre cette demande que fait Ă  Epstein un virologiste de Standford de financer une Ă©tude sur… l’activitĂ© sexuelle des Ă©tudiants. Un sujet sur lequel il pouvait certes prĂ©tendre avoir une relative expertise.

[Nature]

Ecrire Ă  la main, une gymnastique salutaire

Depuis que les ordinateurs – et maintenant les smartphones – ont envahi nos espaces de travail comme de loisirs, les occasions d’écrire Ă  la main se sont rĂ©duites comme peau de chagrin. Les Ă©tudiants feraient pourtant mieux d’y songer Ă  deux fois avant de taper mĂ©caniquement leurs cours sur leur « notebook Â». Les Ă©tudes suggèrent qu’ils retiennent plus longtemps les informations Ă©crites Ă  la main que celles tapĂ©es sur un clavier. Mieux, la richesse lexicale d’un texte Ă©crit Ă  la main est supĂ©rieure Ă  celle d’un texte dactylographiĂ© sur le mĂŞme sujet par la mĂŞme personne. Quant Ă  ceux qui rĂ©digent aujourd’hui avec l’IA gĂ©nĂ©rative, ils se souviendront très peu du texte rendu, contrairement Ă  ceux qui auront fait l’effort de le produire Ă  la sueur du poignet et du cervelet. L’apprentissage du prompt ne doit donc pas prendre la place de celui, plus laborieux, des pleins et des dĂ©liĂ©s.

[The Conversation]

Faut-il Ă©lever des singes de laboratoire ?

La question fait débat au sein du CNRS. L’avis consultatif, rendu public le 10 février par son comité d’éthique, fait état d’opinions divergentes en son sein. L’une de ses membres s’oppose en effet à la création, près de Marseille, d’un centre d’élevage d’une capacité de 1 800 primates destinés à la recherche académique. Celle-ci utilise en France plus de un million d’animaux chaque année, pour les trois quarts des souris. En nombre beaucoup plus confidentiel, les primates s’échangent à prix d’or sur le marché mondial. D’où le projet du CNRS de bénéficier de son propre élevage, qui suscite cependant des interrogations éthiques, du fait de la proximité de ces espèces avec l’humain, mais aussi économiques, à l’heure où d’autres pays investissent massivement pour développer des alternatives à l’expérimentation animale.

[Le Monde]

La revue de presse du 12 février 2026

Un regain indigeste des pesticides

C’est peu dire qu’après la loi Duplomb, qui tentait de rĂ©autoriser l’usage de l’acĂ©tamipride, un insecticide puissant, la nouvelle tentative du Parlement passe mal auprès des Ă©cologues et autres experts en environnement. Un professeur au Museum national d’histoire naturelle rappelle que les pesticides augmentent fortement la prĂ©valence de certains cancers chez les agriculteurs et diminuent l’espĂ©rance de vie en bonne santĂ© de tout le monde. Mais puisque les motivations sont financières, le chercheur pointe les coĂ»ts cachĂ©s « colossaux Â» de l’agriculture intensive. Alors mĂŞme que des alternatives scientifiquement dĂ©montrĂ©es existent, comme l’agroĂ©cologie qui, par des mesures peu onĂ©reuses (planter des haies, mĂ©langer les espèces…), se rĂ©vèle plus efficace pour limiter les ravageurs. Face aux appĂ©tits de l’agroindustrie, agriculteurs et Ă©cologistes ont donc plus d’intĂ©rĂŞts en commun qu’ils ne le pensent.

[Le Monde]

Les traitements contre l’obésité prennent du poids

Contre le surpoids, les nouveaux traitements Wegovy et Zepbound, qui ciblent les rĂ©cepteurs GLP-1 pour couper durablement l’appĂ©tit, montrent leurs limites, avec des pertes de poids qui finissent par stagner. Les laboratoires pharmaceutiques redoublent donc d’efforts pour sortir la prochaine gĂ©nĂ©ration. L’idĂ©e ? Additionner les cibles, avec des molĂ©cules capables d’agir Ă  la fois sur les rĂ©cepteurs GLP-1 et GIP, rĂ©gulant l’appĂ©tit. Voire sur un troisième, en ciblant aussi les rĂ©cepteurs du glucagon. Un triplet gagnant qui permet de perdre jusqu’à un tiers de son poids en quinze mois. Autre piste: associer des molĂ©cules diffĂ©rentes, agissant chacune sur un rĂ©cepteur contrĂ´lant la satiĂ©tĂ©. De quoi doper les cours en bourse des laboratoires concernĂ©s, et inquiĂ©ter les mĂ©decin, car une perte de poids trop rapide peut ĂŞtre nocive pour le patient. L’appĂ©tit est en revanche bien moindre pour comprendre les raisons sociĂ©tales qui favorisent tous ces surpoids.

[The Scientific American]

Les bonobos jouent aussi à la dînette

Jouer Ă  faire semblant n’est pas l’apanage des humains. Un mâle bonobo a clairement prĂ©fĂ©rĂ©, dans une expĂ©rience rĂ©pĂ©tĂ©e de thĂ© imaginaire, prendre une tasse qu’un scientifique avait fait semblant de remplir, plutĂ´t qu’une autre qu’il avait fait semblant de vider. Le singe Ă©tait Ă©videmment parfaitement conscient que la tasse, dans les deux cas, Ă©tait vide. Un autre bonobo a mimĂ©, de son cĂ´tĂ©, le fait de manger face Ă  une photographie de fruits, tandis que des chimpanzĂ©s – essentiellement femelles – ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© observĂ©s prenant soin d’une poupĂ©e. Les grands singes, voire d’autres animaux, pourraient donc avoir, au moins en laboratoire, une vie mentale beaucoup plus riche que ce que l’on a bien voulu leur prĂŞter. Reste Ă  savoir si de tels comportement de jeu « pour de faux Â» se retrouvent chez ceux qui ont une vie sauvage.

[Nature]

La revue de presse du 07 février 2026

OpenClaw, l’ami qui ne vous veut pas que du bien

Au dĂ©part, cela ressemble Ă  une très bonne idĂ©e : installer une IA qui ne se contente pas d’écrire des textes Ă  volontĂ©, mais qui utilise toutes mes applications pour rĂ©aliser toute seule l’objectif que je lui ai fixĂ©, quitte Ă  improviser. C’est la promesse d’OpenClaw, un assistant IA en open source. L’inconvĂ©nient – et il est de taille – c’est qu’il ne fonctionne Ă©videmment qu’avec le contrĂ´le total de votre ordinateur. On imagine alors sans peine le cauchemar que peut devenir, sans garde-fou, une IA disposant de toutes vos donnĂ©es et capable de les utiliser pour interagir en votre nom avec on ne sait trop qui ni quoi. Les experts en cybersĂ©curitĂ© s’en arrachent dĂ©jĂ  les cheveux (pour ceux qui en ont encore). Le risque n’est pas d’être confrontĂ© Ă  une machine plus intelligente que nous, mais bien de donner carte-blanche Ă  un algorithme inventif mais sans jugement.

[L’ADN]

Des datacenters dans l’espace ? Beaucoup de bruit pour rien

Pour rĂ©duire l’impact du numĂ©rique sur l’environnement terrestre, Google annonçait fin 2025 vouloir installer des data centers en orbite. Un projet peu crĂ©dible vu les dĂ©fis concrets qu’il pose. Celui des rayons cosmiques d’abord, qui provoquent des pannes et dĂ©truisent des composants. D’alimentation Ă©lectrique ensuite, car produire le GW d’électricitĂ© nĂ©cessaire aux data centers d’aujourd’hui nĂ©cessite des panneaux solaires gigantesques. Il sera en outre difficile d’évacuer la chaleur produite, car si l’espace est en gĂ©nĂ©ral très froid, il ne contient pas d’air. Cette chaleur doit donc ĂŞtre Ă©vacuĂ©e par radiation, ce qui nĂ©cessite des radiateurs immenses. Reste enfin la maintenance, acrobatique et hors de prix dans l’espace. Alors pourquoi annoncer un tel projet ? Sans doute parce que l’IA a besoin de capitaux et donc que l’on parle sans cesse d’elle. Et manifestement ça marche.

[The Conversation]

Meurs un autre jour

La vie s’accroche parfois Ă  un fil qui refuse de rompre. Des urgentistes en rĂ©gion parisienne peuvent en tĂ©moigner. AppelĂ©s au domicile d’une dame de 94 ans pour des douleurs thoraciques, ils diagnostiquent un infarctus du myocarde, qui Ă©volue en arrĂŞt cardiaque. La nonagĂ©naire ayant rĂ©digĂ© des directives anticipĂ©es refusant des soins dĂ©raisonnables, aucune rĂ©animation n’est entreprise compte tenu de son grand âge. Mais après plusieurs minutes, alors que le mĂ©decin rĂ©dige l’avis de dĂ©cès, sa circulation cardiaque reprend spontanĂ©ment. Près d’une heure après, la vieille dame a repris conscience. Le lendemain, son Ă©tat neurologique est normal. Un cas exceptionnel de phĂ©nomène dit « de Lazare Â» sans sĂ©quelles. Elle quittera l’hĂ´pital en très bonne santĂ© – pour son âge -, bien dĂ©cidĂ©e cependant Ă  nuancer ses directives anticipĂ©es, car surprise qu’un simple massage cardiaque n’ait pas mĂŞme Ă©tĂ© tentĂ©.

[Le Monde]

La revue de presse du 01 février 2026

Un champion tricolore du calcul

Plus de un milliard de milliards de calculs par seconde, soit un exaflop : c’est la performance du supercalculateur que l’entreprise française Eviden, installĂ©e Ă  Angers et filiale du groupe Atos, va livrer prochainement au Commissariat Ă  l’énergie atomique et aux Ă©nergies alternatives (CEA). Un seuil vertigineux que seuls les États-Unis et la Chine sont aujourd’hui capables d’atteindre. DistribuĂ©e dans une centaine d’armoires Ă©lectriques, pour un poids total de 280 tonnes, cette puissance extrĂŞme de calcul permettra de simuler l’action d’un mĂ©dicament, ou des explosions nuclĂ©aires. Un outil majeur de souverainetĂ© (mĂŞme s’il utilise massivement des puces amĂ©ricaines Nvidia), Ă  l’heure oĂą les alliĂ©s d’hier se comportent parfois comme les adversaires de demain.

[Le Monde]

On mange aussi avec le cœur

Bien manger, cela s’apprend. Mais les programmes d’éducation alimentaire manquent souvent d’impact auprès d’enfants peu emballĂ©s par les Ă©pinards. Pourquoi ? Peut-ĂŞtre parce qu’ils font l’impasse sur les Ă©motions. Or, la littĂ©rature montre qu’une ambiance joyeuse ou ludique, ressentie lors du repas, favorise une alimentation diversifiĂ©e. Inversement, se servir des aliments comme des rĂ©compenses ou des objets de chantage dĂ©veloppe des biais Ă©motionnels favorisant Ă  terme le surpoids. Trois catĂ©gories de parents ont Ă©tĂ© identifiĂ©s : les « coercitifs Â», maniant menaces et rĂ©compenses, les « structurĂ©s Â», qui posent juste des règles, et les « autonomes Â», qui laissent l’enfant faire ses choix. Trois modes d’éducation qui conduisent Ă  des pratiques alimentaires diffĂ©rentes. Des chercheurs conseillent de faire du repas un moment de bien ĂŞtre et de confiance, plus propice aux nouvelles expĂ©riences gustatives. N’oubliez pas de sourire quand vous servirez des Ă©pinards aux enfants !

[The Conversation]

La tour Eiffel accordera la science au féminin

En 1889, Gustav Eiffel qui Ă©difie dans Paris sa fameuse tour Ă©ponyme, choisit d’en faire un « panthĂ©on des sciences Â». Il fait inscrire, sur la grande frise du premier Ă©tage, le nom de 72 des plus grands savants français qui ont marquĂ© l’histoire depuis la RĂ©volution. Évidemment, tous sont des hommes. Une injustice que la mairie de Paris s’apprĂŞte Ă  corriger, en proposant de complĂ©ter la frise de 72 nouveaux noms, mais de femmes scientifiques. Des noms moins cĂ©lèbres, hormis Marie Curie et sa fille, ou la biologiste Rosalind Franklin, mais dont le rappel incitera peut-ĂŞtre les filles d’aujourd’hui Ă  s’orienter davantage vers des carrières scientifiques. La liste a Ă©tĂ© soumise aux acadĂ©mies des sciences, des technologies et de la mĂ©decine, Ă  qui il reviendra de rĂ©parer cette misogynie de l’histoire.

[Télérama]

La revue de presse du 25 janvier 2026

Les robots humanoĂŻdes arrivent !

Vieux rêve de science-fiction, les robots humanoïdes commencent à se déployer dans les usines chinoises. En novembre, la firme chinoise Ubtech annonçait avoir livré en 2025 plus de mille exemplaires de son Walker S2, qui marche de façon autonome, saisit et déplace des objets. Pour l’heure, il s’agit d’évaluer leurs capacités et d’accumuler des données, car ces bipèdes mécaniques ne savent encore réaliser que des tâches simples. Mais leur aptitude progressive à improviser pourraient en faire plus tard des travailleurs universels, capables d’opérer dans des environnements conçus pour les humains. D’abord dans l’industrie automobile, qui offre des environnements standardisés favorables à la robotisation. Puis partout où les tâches sont répétitives ou dangereuses. En particulier, comme aime le prophétiser la science fiction, pour des usages militaires.

[Revue Nature]

Le Groenland s’agrandit

Et cela n’a rien Ă  voir avec la volontĂ© du prĂ©sident AmĂ©ricain Trump de l’annexer. La fonte rapide, liĂ©e au rĂ©chauffement climatique, de l’immense calotte de glace qui le recouvre, va en effet faire rebondir le sol en dessous. Cette calotte de 3 km d’épaisseur creuse la terre sous elle comme le ferait une lourde boule de bowling sur un matelas, et sa masse attire en parallèle, par gravitation, l’eau de mer Ă  proximitĂ©. Un double effet qui disparaĂ®t avec la fonte accĂ©lĂ©rĂ©e de la glace, dont l’allègement soudain fait remonter localement la terre. Or, les mesures GPS rĂ©vèlent que ce rebond se produit beaucoup plus rapidement que prĂ©vu. RĂ©sultat ? Le Groenland sera l’une des rares rĂ©gions du monde dont les cĂ´tes s’étendront en 2100 au lieu de se rĂ©duire : le niveau de la mer pourrait localement chuter de 1 Ă  près de 4 mètres. De quoi aiguiser davantage encore les appĂ©tits d’annexion ?

[Revue Science]

Malin comme une vache?

On pensait que la capacitĂ© Ă  utiliser des outils diffĂ©remment en fonction de la tâche Ă©tait l’apanage des humains et, Ă  la rigueur, des chimpanzĂ©s. Il semblerait dĂ©sormais que la vache – qui n’est pas forcĂ©ment l’animal auquel on pense spontanĂ©ment pour Ă©voquer l’intelligence – en soit elle aussi capable. Veronika, une vache autrichienne de 13 ans, a en effet appris d’elle-mĂŞme Ă  utiliser un balai-brosse pour se gratter, de façon diffĂ©rente selon la partie du corps. Une capacitĂ© qui a stupĂ©fait les biologistes de la cognition de l’universitĂ© vĂ©tĂ©rinaire de Vienne. Veronika attrape le balai avec sa bouche, et choisit de se gratter le dos, lĂ  oĂą la peau est Ă©paisse, avec la brosse, mais utilise au contraire le bout rond du manche, plus doux et prĂ©cis, pour le ventre ou le pis. Un double usage vachement malin.

[Le Monde]

La revue de presse du 18 janvier 2026

Cartographier les cancers en France

Aussi surprenant que cela paraisse, la France ne disposait pas d’un registre national des cancers, qui constituent pourtant la première cause de mortalité dans le pays. Cette lacune vient d’être réparée, avec la publication du décret d’application qui officialise son développement. Jusque-là, les calculs d’incidence, de prévalence et de mortalité des cancers ne reposaient que sur des estimations, à partir de registres locaux qui ne couvrent qu’un quart de la population. L’île-de-France, par exemple, mais aussi des abords de sites classés Seveso, n’étaient pas couverts, obligeant les experts à des extrapolations laborieuses. Il devenait donc urgent de disposer d’un tel registre, comme il en existe dans plusieurs pays européens, pour mieux apprécier l’impact de l’environnement sur l’apparition des tumeurs. Confié à l’Institut national du cancer (INCa), ce registre croisera des données de multiples sources médicales, pour servir d’appui à la recherche.

[Le Monde]

Le premier télescope spatial privé

Alors que l’administration américaine sabre les budgets de la recherche, des philanthropes prennent le relais. La fondation Schmidt Sciences financera la mise en orbite d’un grand télescope nommé Lazuli. Équipé d’un miroir de 3,1 mètres, plus grand que celui du télescope Hubble de la Nasa, il facilitera l’étude des exoplanètes ou la détection de supernovae.

Le projet s’accompagne de trois observatoires au sol. Deep Synoptic Array (DSA), dans le Nevada, comprendra 1600 coupoles radio de six mètres de large, qui réaliseront une image radio du ciel toutes les 15 minutes. Argus Array, constitué de 1200 télescopes de 28 centimètres, dans le Texas, fera de même dans le domaine optique. Le Large Fiber Array Spectroscopic Telescope (LFAST), synchronisera de son côté des milliers de miroirs de 76 centimètres, qui transmettront leur lumière à un spectrographe, pour étudier entre autres la composition chimique des exoplanètes.

[Revue Science]

Pourquoi mon chien a les oreilles qui pendent ?

Le basset hound est craquant avec ses oreilles dĂ©mesurĂ©es qui traĂ®nent au sol. Mais Ă  quoi les doit-il ? Ă€ quelques lettres de son ADN. C’est ce que suggère une analyse gĂ©nĂ©tique menĂ©es sur plus de 3 000 chiens, loups et coyotes, dans une zone proche du gène MSRB3. Celui-ci code pour une protĂ©ine antioxydante, dĂ©jĂ  impliquĂ©e dans la taille d’oreille des cochons, moutons et chèvres. Des variations dans cette rĂ©gion boosterait l’activitĂ© de MSRB3 et accroĂ®trait la vitesse de prolifĂ©ration des cellules de l’oreille. Procurent-elles un avantage adaptatif ? Les longues oreilles perdraient plus de chaleur que les courtes, mais elles amĂ©lioreraient l’instinct de chasse en rabattant les odeurs vers le nez. Cette Ă©tude n’épuise cependant pas le sujet, d’autres gènes pouvant intervenir dans la forme prĂ©cise des oreilles, pendantes ou droites. VoilĂ  qui ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd.

[Revue Nature]

La revue de presse du 10 janvier 2026


Un Da Vinci Code… génétique

Comment s’assurer qu’un tableau a bien Ă©tĂ© peint par LĂ©onard de Vinci ? Les experts dĂ©battront d’un coup de pinceau trahissant le maĂ®tre. Le Leonardo Da Vinci DNA Project (LDVP) dĂ©veloppe une mĂ©thode plus objective : rĂ©cupĂ©rer des traces d’ADN sur la toile, et voir si elles correspondent Ă  des sĂ©quences du peintre gĂ©nial. Sauf que son ADN est inconnu. En reste-t-il des brins dans sa tombe, profanĂ©e au 19e siècle ? Ă€ moins qu’il soit plus aisĂ© de s’intĂ©resser Ă  l’ADN mitochondrial, plus abondant mais qui s’hĂ©rite par la mère. Or personne ne sait oĂą gĂ®t celle de LĂ©onard. Le LDVP se focalise donc sur le chromosome Y, transmis de père en fils. Des lignĂ©es paternelles ont Ă©tĂ© retracĂ©es jusqu’à aujourd’hui. Dernière piste : analyser des fragments d’ADN sur des lettres Ă©crites par sa famille proche. Un travail de fourmi. Mais la mĂ©thode pourrait s’étendre Ă  d’autres Ă©nigmes de paternitĂ© artistique
[Science]


Le puzzle de nos origines s’enrichit

Des mandibules, des vertèbres et un fémur retrouvés près de Casablanca, au Maroc et datés de 773 000 ans suggèrent qu’Homo sapiens possédait bien des racines anciennes en Afrique. Découverts dans une ancienne tanière de carnivores, les ossements ont été précisément datés par l’analyse des variations magnétiques des sédiments où ils reposaient. Et ils présentent quelques caractéristiques évoquant Homo sapiens. Insuffisant pour en faire avec certitude les restes de nos ancêtres, mais pertinent pour affaiblir le scénario selon lequel Homo sapiens aurait pu naître en Asie d’hominines plus primitifs. Dans tous les cas, cette découverte montre que l’Afrique a bien été le théâtre d’une évolution buissonnante, au moment où se séparaient les lignées dont seront issus Homo sapiens, Neandertal ou l’homme de Denisova.

[Le Monde]


Mais pourquoi procrastine-t-on ?

Vous procrastinez ? Rassurez-vous, ce n’est pas par paresse et il y a des solutions pour y remĂ©dier. Car si l’on repousse les tâches pĂ©nibles, c’est par rigiditĂ© d’esprit. Le cerveau se focalise sur l’inconfort qu’il anticipe. Et par dĂ©fense, il se laisse activer par ce qui lui procure un bien-ĂŞtre immĂ©diat, comme scroller sur son smartphone. Chez les esprits trop rigides, le cerveau peine Ă  dĂ©passer sa prĂ©diction initiale selon laquelle la tâche va ĂŞtre dĂ©sagrĂ©able voire insurmontable. Mais on peut l’y aider, en dĂ©composant le travail en micro-tâches, en se mettant en mouvement par des micro-actions comme ranger son bureau, ou en associant la tâche Ă  quelque chose d’agrĂ©able (de la musique, une boisson chaude…), pour rendre la première Ă©tape moins difficile et activer d’emblĂ©e les circuits de la rĂ©compense. Si vous vous ruez sur la machine Ă  cafĂ© dès votre arrivĂ©e au bureau, ce n’est donc nullement par paresse, mais pour mieux vous mettre au travail.

[The Conversation]

La revue de presse du 20 décembre 2025

Protéger la Terre

C’est une angoisse vieille comme le monde : que le ciel nous tombe sur la tĂŞte. Ou plutĂ´t un astĂ©roĂŻde, comme celui qui provoqua sans doute l’extinction des dinosaures. Nous prĂ©venir avant est l’objectif du projet NEO (Near-Earth Object), officiellement dĂ©marrĂ© en 2022. Objectif : dĂ©velopper un tĂ©lescope spatial pour 2027, capable de repĂ©rer tout objet jusqu’à 140 mètres de long, Ă©voluant Ă  proximitĂ© dangereuse de la Terre. Des projectiles encore largement indĂ©tectables avec les moyens actuels, mais qui pourraient, en cas de collision, rayer de la carte une ville entière comme Paris. Or moins de la moitiĂ© de leur nombre thĂ©orique a pu ĂŞtre jusque-lĂ  identifiĂ©. Le tĂ©lescope NEO les traquera dans l’infrarouge, et depuis l’espace pour ĂŞtre moins Ă©bloui par le soleil. En cas de dĂ©tection, il permettra – peut-ĂŞtre – d’organiser en urgence une mission pour dĂ©vier sa course ou le dĂ©truire. Un objectif qui fait encore consensus au sein de l’administration amĂ©ricaine.

[Science]

BientĂ´t tous myopes ?

Près de la moitiĂ© de la population mondiale devrait devenir myope d’ici Ă  2050. Un tiers des enfants et adolescents le sont dĂ©jĂ . Et jusqu’à près de 90 % des 17-18 ans dans les zones urbaines de Singapour, Chine, TaĂŻwan ou du Japon. Des facteurs gĂ©nĂ©tiques prĂ©disposent Ă  devenir myope. Mais l’environnement joue un rĂ´le majeur, avec deux principaux coupables identifiĂ©s : un manque de temps passĂ© Ă  l’extĂ©rieur (la lumière du soleil jouerait un rĂ´le protecteur) et trop de vision prolongĂ©e de près, notamment pour regarder des smartphones tenus très proches des yeux. Le manque de sommeil serait aussi un facteur aggravant. Des lunettes associant partie centrale concave et lentilles pĂ©riphĂ©riques convexes peuvent freiner l’allongement de l’oeil responsable de la myopie. Ă€ utiliser en parallèle d’une bonne cure de soleil et de sommeil, smartphone laissĂ© sagement en poche.

[Le Monde]

Un nouveau standard démultiplie les pouvoirs de l’IA

Le web a pu se dĂ©velopper, Ă  l’orĂ©e des annĂ©es 2000, grâce Ă  la puissance du langage html adoptĂ© par tous. L’IA adopte Ă  son tour son propre standard, qui permet aux « agents Â» de communiquer avec n’importe quelle application, pour Ă©changer des informations et transmettre une action. Son nom ? MCP (Model Context Protocol). DĂ©veloppĂ© en 2024 par Anthropic pour son IA Claude, il a Ă©tĂ© très vite adoptĂ© par les grands acteurs du domaine. ChatGPT l’utilise par exemple pour interagir avec Booking.com, Expedia ou Spotify. Anthropic le cède dĂ©sormais officiellement Ă  la Linux Foundation, qui garantira ainsi son statut open source, ce qui permettra Ă  d’autres d’en amĂ©liorer la sĂ©curitĂ©. Le grand public, lui, se souciera sans doute peu de connaĂ®tre le dĂ©tail des procĂ©dures utilisĂ©s. Il constatera juste que son agent IA est capable de faire toujours plus de choses, toujours plus vite.

[The verge]

Le plus vieux mur englouti de France

Un mur gĂ©ant, de 120 mètres de long pour 20 mètres de large Ă  sa base, a Ă©tĂ© dĂ©couvert sous neuf mètres d’eau, au large de l’île bretonne de Sein. Vieille de 7 000 Ă  8 000 ans, la construction soumise Ă  de forts courants marins comprend 62 monolithes et grandes dalles reposant sur un mur aplati haut de 2 mètres. Ă€ quoi pouvait-elle bien servir ? Protection contre les tempĂŞtes ou contre la montĂ©e des eaux ? Ă€ moins qu’il ne s’agisse d’un barrage destinĂ© Ă  piĂ©ger les poissons Ă  marĂ©e descendante. Pour les archĂ©ologues, l’enquĂŞte ne fait que commencer.

[Le Monde]

BientĂ´t Terminator ?

L’intelligence artificielle va-t-elle finir par nous dĂ©truire ? Ils sont de plus en plus nombreux, parmi les chercheurs du domaine, Ă  le redouter. Que ce soit parce qu’un humain en aura fait mauvais usage, que l’IA dĂ©cide d’échapper Ă  notre contrĂ´le, ou qu’elle se diffuse tellement que notre monde devienne trop complexe pour que nous ayons la moindre prise sur lui. Certes, ChatGPT ou Gemini sont encore loin d’avoir de tels pouvoirs. Mais une IA se dĂ©veloppant comme un organisme vivant, elle peut Ă©voluer de façon imprĂ©vue. Certaines sont dĂ©jĂ  conçues pour prendre des initiatives. RĂ©sultat ? Elles se mettent parfois Ă  mentir, Ă  tricher, pour mieux atteindre leur objectif. Et tentent mĂŞme de bloquer leur dĂ©sactivation. Qu’arrivera-t-il si une telle IA dĂ©duit que l’humanitĂ©, dans son ensemble, est nĂ©faste Ă  la rĂ©ussite de sa mission ? Elle pourrait bien choisir de nous supprimer. Sans haine, mais sans empathie non plus.

[Le Monde]

Construire ses propres armes contre le cancer

Reconditionner ses propres cellules immunitaires, pour en faire des missiles guidĂ©s contre les tumeurs, est une approche devenue courante : des cellules dites T sont rĂ©cupĂ©rĂ©es et cultivĂ©es in vitro, puis on leur ajoute en surface, par manipulations gĂ©nĂ©tiques, un rĂ©cepteur chimĂ©rique Ă  un antigène (CAR), qui leur permet de reconnaĂ®tre les cellules de la tumeur Ă  dĂ©truire. Le procĂ©dĂ©, qui utilise un virus pour introduire des nouveaux gènes dans les cellules T, est nĂ©anmoins très long et coĂ»teux. Une nouvelle approche a Ă©tĂ© testĂ©e avec succès, consistant Ă  introduire la sĂ©quence gĂ©nĂ©tique, via un lentivirus, directement dans l’organisme, pour laisser cet ADN se rĂ©pandre lui-mĂŞme dans les cellules T du patient. Deux premiers essais cliniques, rĂ©alisĂ©s chacun sur quatre patients atteints de myĂ©lome, sont très prometteurs, avec une disparition observĂ©e de la tumeur. Des rĂ©sultats suivis de près, pour un protocole qui pourrait s’étendre Ă  d’autres pathologies comme le lupus.

[Science]

La revue de presse du 14 décembre 2025

Des jeunes pas si nuls

Les jeunes d’aujourd’hui sont-ils plus incultes ou paresseux que leurs parents ? La conviction que chaque nouvelle gĂ©nĂ©ration dĂ©cline se rĂ©pète depuis l’AntiquitĂ©. Pourquoi ? Deux chercheurs en psychologie ont questionnĂ© des AmĂ©ricains sur la façon dont ils jugeaient les jeunes. RĂ©sultats ? Plus la personne interrogĂ©e est elle-mĂŞme Ă  l’aise en arithmĂ©tique et en vocabulaire, plus elle juge les jeunes moins intelligents que sa propre gĂ©nĂ©ration. Plus elle aimait la lecture lorsqu’elle Ă©tait enfant, plus elle juge que les jeunes d’aujourd’hui n’aiment pas lire. Nous trouverions donc les jeunes faibles dans les domaines oĂą nous serions nous-mĂŞmes performants. Mais l’étude montre aussi que nous aurions tendance Ă  nous croire reprĂ©sentatifs des jeunes d’avant. Le ressenti serait donc doublement biaisĂ© : d’abord en comparant avec nos propres points points forts, puis en les gĂ©nĂ©ralisant Ă  notre gĂ©nĂ©ration.

[L’Express]

Le ver dans le fruit

Les sciences s’appuient sur un principe qui assure sa crĂ©dibilitĂ© : les rĂ©sultats publiĂ©s par un laboratoire doivent pouvoir ĂŞtre reproduits et confirmĂ©s par un autre laboratoire. Un chercheur a donc testĂ© la soliditĂ© de 400 articles, publiĂ©s entre 1959 et 2011 dans son domaine, l’immunitĂ© de la drosophile. Les rĂ©sultats n’ont rien de catastrophique : environ 80 % des affirmations publiĂ©es se sont plus tard rĂ©vĂ©lĂ©es tenir finalement la route. Mais les affirmations les plus fragiles proviennent souvent, Ă©tonnamment, des « revues trophĂ©es Â» comme Nature, Science ou Cell, ou d’institutions prestigieuses. Les Ă©noncĂ©s non reproductibles ont en fait tendance Ă  concerner les chercheurs extĂ©rieurs au domaine, qui investissent un champ de recherche pour gagner en visibilitĂ©. Un rĂ©sultat qui traduit l’impact du carriĂ©risme et de la course au spectaculaire sur la fiabilitĂ© des publications.

[EPFL]

Naturel ou pas ?

Un lac artificiel est-il naturel ? Derrière cette question faussement paradoxale se dessine un vrai problème philosophique, celui de la nature de… la nature. L’Occident moderne a thĂ©orisĂ© le dualisme entre l’humain et la nature, colonisĂ©e et dĂ©truite par l’industrie. Mais ce partage n’est ni universel ni immuable. Et nombreux sont les philosophes ou les anthropologues Ă  brouiller depuis vingt ans cette frontière, provoquant l’hostilitĂ© des technocritiques d’une part, qui voudraient rĂ©ensauvager l’humain, et des Ă©comarxistes d’autre part, qui prĂ´nent au contraire une libĂ©ration de l’« ordre naturel Â». Pourquoi considĂ©rer la technologie comme non-naturelle ? Le concept de nature est-il lui-mĂŞme utile ? Un dĂ©bat qui Ă©merge en mĂŞme temps que s’esquissent des tentatives de renouveler notre rapport au vivant. Ou plutĂ´t… aux autres vivants.

[Le Monde]

La revue de presse du 06 décembre 2025

Mâle alpha déchu

L’idĂ©e que chez les humains, Ă  l’instar des chimpanzĂ©s, gorilles ou orangs-outans, le patriarcat dĂ©coulerait naturellement de notre nature de primates, prend du plomb dans l’aile. Une mĂ©ta-analyse rĂ©vèle que sur 121 espèces de primates Ă©tudiĂ©es, une dominance du mâle n’est Ă©tablie que dans 17 % des cas, avec une corpulence masculine plus importante. Mais pour 13 % des espèces, dans lesquelles les femelles contrĂ´lent la reproduction ou sont en forte compĂ©tition entre elles, ce sont elles au contraire qui dominent, comme chez les lĂ©muriens. Dans 70 % des cas, soit l’immense majoritĂ©, la dominance est tantĂ´t masculine, tantĂ´t fĂ©minine, selon le contexte, ou indĂ©terminĂ©e. Le comportement sexuĂ© des primates est donc en fait très flexible. Et la primautĂ© du mâle n’aurait chez l’humain, le plus flexible des primates, rien de naturel ni d’inĂ©luctable.

[Le Monde]

L’IA cherche la vie

L’IA s’infiltre partout, jusqu’à refaire parler les morts. Mais elle peut aussi servir Ă  identifier des traces de vie primitive. Une Ă©quipe amĂ©ricaine a mis en Ă©vidence des traces microbiennes dans des roches sud-africaines de 3,3 milliards d’annĂ©es. Ainsi que des brins de molĂ©cules laissĂ©s par des microbes producteurs d’oxygène par photosynthèse, il y a 2,5 milliards d’annĂ©es. OriginalitĂ© de leur travail ? Ils ont utilisĂ© dans les deux cas le machine learning. Une IA identifie des milliers de petits fragments de molĂ©cules organiques fortement dĂ©gradĂ©es, et analyse leur distribution, Ă  la recherche de motifs trahissant une origine vivante, qu’elle reconnaĂ®t avec une fiabilitĂ© supĂ©rieure Ă  90 %. L’IA pourrait ainsi se lancer Ă  la recherche de traces de vie sur Mars ou sur d’autres astres du système solaire.

[Reuters]

Malbouffe prioritaire

Entre la santé des consommateurs et celle de l’agroalimentaire, priorité a été donnée à l’industrie. D’abord par le report in extremis, par Matignon, de la publication de la stratégie alimentation, nutrition et climat, attendue depuis plus de deux ans, dont l’ambition est de permettre à tous les Français de manger sainement. Le consensus s’est fracassé sur les aliments ultratransformés, dont il ne serait question, pour le ministère de l’agriculture, d’inciter à limiter la consommation malgré le faisceau convergent d’études démontrant leur nocivité. Pour ne pas être en reste, l’Assemblée nationale a rejeté la mesure visant à généraliser l’affichage du Nutri-Score sur les emballages d’aliments, qui restera donc sur la base du volontariat. Et ce, alors que le surpoids concerne aujourd’hui près d’un adulte sur deux.

[Le Monde]

La passion, un obstacle fĂ©minin aux sciences ?

Pourquoi les femmes se dirigent-elles moins que les hommes vers des Ă©tudes scientifiques et techniques (Ă  l’exception des sciences de la vie et de la Terre) ? Les stĂ©rĂ©otypes de genres, ou une moindre confiance en soi, sont souvent Ă©voquĂ©s. Une Ă©tude suggère une cause plus inattendue : les filles auraient plus tendance Ă  choisir des Ă©tudes qui les passionnent, que les garçons, plus nombreux Ă  vouloir un emploi rĂ©munĂ©rateur. Un choix que renforcent les parents, laissant davantage les filles Ă©tudier ce qu’elles prĂ©fèrent, et mettant plus de pression sur les garçons pour qu’ils s’orientent vers des carrières rĂ©munĂ©ratrices. Par ailleurs, les filles auraient des goĂ»ts plus diversifiĂ©s, et plus de mal Ă  renoncer aux matières qu’elles apprĂ©cient. Augmenter le nombre de femmes scientifiques nĂ©cessiterait donc de rendre les sciences plus passionnantes pour elles, et de crĂ©er plus de filières multidisciplinaires.

[The Conversation]

La revue de presse du 28 novembre 2025


Éloge de la simplicité
Fini le temps oĂą l’on rĂ©parait sa 2CV avec trois vis et une ceinture de pantalon : la moindre panne sur le matĂ©riel high tech d’aujourd’hui coĂ»te une fortune et nĂ©cessite une expertise pointue. Peut-on faire « machine arrière Â» ? InspirĂ© des Lego et Meccano qui ont fait naĂ®tre tant de vocations d’ingĂ©nieurs, le Global Village Construction Set fournit les schĂ©mas de construction d’une cinquantaine de machines complĂ©mentaires, du tracteur Ă  l’imprimante 3D, simplifiĂ©es Ă  l’extrĂŞme. Reconfigurable Ă  sa guise, sur le principe des logiciels open source, constructible Ă  partir d’élĂ©ments bons marchĂ©s et disponibles sur Internet, ce kit technologique Ă©lĂ©mentaire est adaptable partout dans le monde et aisĂ©ment rĂ©parable. Une dĂ©marche qui s’inscrit dans un rapport rĂ©inventĂ© avec la technique, pour augmenter notre autonomie et non la rĂ©duire.
[https://www.technologyreview.com/2025/10/16/1125146/civilization-start-kit-open-source-essential-machines/]

Le 6e sens des pigeons
Que des espèces animales, tels les oiseaux migrateurs, utilisent les champs magnĂ©tiques pour s’orienter, cela est connu depuis des dĂ©cennies. Reste Ă  savoir comment. États de spin dans des protĂ©ines photosensibles de la rĂ©tine ? Cristaux de magnĂ©tite s’orientant selon les lignes de champs ? De nombreuses thĂ©ories ont Ă©tĂ© Ă©mises. En 1882, un zoologiste avait proposĂ© que les variations de champ magnĂ©tique induisent dans l’oreille interne des minuscules courants Ă©lectriques dont l’orientation ferait office de boussole. Des travaux publiĂ©s (en anglais) dans la revue scientifique Science par l’universitĂ© de Munich confirment que, chez les pigeons, des canaux Ă  ions sensibles au voltage, dans des cellules de l’oreille interne, dĂ©tectent les courants Ă©lectriques. Un signal informant le noyau vestibulaire d’une variation de champ magnĂ©tique. Ce mĂ©canisme se retrouve-t-il chez d’autres espèces ?
[https://www.science.org/content/article/pigeons-sense-earth-s-magnetic-field-entirely-new-way]

Des chimios sans crise de nerf ?

Près de 90 % des patients sous chimiothĂ©rapie ressentent des picotements dans les mains et les pieds, des brĂ»lures, douleurs, pertes de sensibilitĂ© ou sensations d’engourdissement. En cause ? Des neuropathies pĂ©riphĂ©riques, qui peuvent persister des mois, voire des annĂ©es après le traitement, sans traitement efficace pour les prĂ©venir. Le mĂ©dia The Conversation annonce qu’un nouveau composĂ©, le Carbal, protĂ©gerait les neurones des effets toxiques de la chimiothĂ©rapie, tout en renforçant son efficacitĂ©. Il agit sur les microtubules et augmente la rĂ©sistance des neurones au stress mĂ©tabolique. L’effet neuroprotecteur a Ă©tĂ© confirmĂ© sur trois agents chimiothĂ©rapeutiques : le paclitaxel, le cisplatine et le bortĂ©zomib. Des premiers essais concluants ont Ă©tĂ© menĂ©s chez le rat, mais il faudra poursuivre chez l’humain.

[https://theconversation.com/effets-secondaires-des-chimiotherapies-une-molecule-francaise-prometteuse-pour-lutter-contre-les-neuropathies-peripheriques-dont-souffrent-pres-de-90-des-patients-269727]