Bien manger

Notre régime alimentaire doit-il s’inspirer de nos lointaines origines préhistoriques? Sans doute, car nos gènes de chasseurs-cueilleurs ont peu évolué depuis. Encore faut-il s’entendre sur ce que mangeait vraiment l’homme de Cro-Magnon. Et reconnaître que nos besoins, eux, ont aussi évolué. Un dossier riche en polémiques à l’approche des fêtes, sur lequel le magazine Pour la Science a choisi de faire le point.

Comment bien manger ? Le magazine Pour la science, dans son édition de décembre, s’attaque à un gros morceau. Et c’est avec appétit que nous l’avons évidemment feuilleté, comme une bonne pâte à lever.

En apéritif du dossier, ces influenceurs qui jacassent ad nauseam sur les réseaux sociaux, pour nous vendre des régimes aussi idiots que dangereux. Au prétexte que nos ancêtres chassaient le mammouth, certains voudraient ainsi nous convaincre de ne manger que foie, moelle et autres testicules de grands herbivores, plus ou moins crus, bannissant les légumes comme autant d’aliments de femmelettes (la viande étant, c’est bien connu, symbole de force et de virilité). L’argument se veut imparable : puisque nos ancêtres chasseurs-cueilleurs mangeaient de la viande crue, c’est que nous sommes faits pour en manger.

Or, rappelle à juste titre le magazine, rien n’indique qu’homo sapiens ait été plus chasseur que cueilleur. Tout montre au contraire qu’il n’a eu de cesse de varier le plus possible son alimentation. Mais c’est vrai que quelques baies dans un bol font moins recette sur une vidéo qu’un bon steack attrapé par des biceps testostéroné. Et si l’on pousse l’argument des origines, mieux vaudrait se nourrir de fruits, puisqu’il est attesté que les humains descendent initialement de singes frugivores, à l’image des chimpanzés et bonobos d’aujourd’hui. La moelle, riche en graisse, l’intéressait en fait davantage que la viande elle-même. De fait, les Homo (erectus en l’occurrence) n’auraient ajouté du gros gibier à leur menu qu’il y a moins de deux millions d’années. Vous me direz, cela fait déjà assez vieux. Mais ils n’auraient pas pour autant abandonné les végétaux. Les Néandertaliens, entre autres, se nourrissaient abondamment de féculents, racines et tubercules. En revanche, la cuisson aurait apporté un avantage décisif, en rendant les aliments à la fois moins toxiques et plus digérables. Nos dents le prouvent : nous sommes faits pour manger de tout. Une stratégie qui, selon les experts interviewés par Pour la Science, limiterait les risques de famine et garantirait l’apport massif régulier en calories qu’exige notre volumineux cerveau. Dans un monde incertain, l’humain a choisi de pouvoir tirer profit de tout.

Du point de vue de la génétique, nous sommes bien cependant toujours des chasseurs-cueilleurs, rappelle dans ce dossier Laure Ségurel, chercheuse en anthropologie génétique. Mais nos gènes ont un peu évolué. Une mutation, survenue il y a environ 7 500 ans, permet ainsi à certains d’entre nous de digérer le lait même après l’enfance. Un tiers des adultes ont dans leurs gènes cette aptitude, particulièrement en Europe du Nord. Les autres peuvent cependant se rabattre sur les fromages et yaourts, dont les bactéries colonisent nos intestins et digèrent le lactose à notre place. Nous gardons en revanche de nos gènes de chasseurs-cueilleurs cette appétence particulière pour le sucre et le gras, si rares aux premiers âges, mais trop abondants aujourd’hui. Quitte à revenir au régime préhistorique, prenons-en donc plutôt ce qui faisait sa vraie force : des produits simples, peu transformés, riches en viandes comme en fruits, baies, graines et légumes. Et parce que les évolutions génétiques ont été multiples d’un peuple à l’autre, l’anthropologue nous invite à explorer – un peu – l’ensemble des gastronomies disponibles, mais à écouter – beaucoup – la singularité de notre propre corps.

L’enjeu est réel. Car comme le rappelle dans ce dossier Cyril Gerolymos, expert en psychonutrition, une flopée d’études montrent qu’une bonne alimentation protège du déclin cérébral. Le régime « méditerranéen », à base de fruits et de légumes de saison, de légumes secs, d’huile d’olive, de poissons et de fruits secs, diminue le risque de démence comme la maladie d’Alzheimer ou les accidents vasculaires cérébraux, et prévient le déclin cognitif. Le meilleur moment pour s’y convertir serait entre 40 et 50 ans. Les aliments qui le composent, riches en certains nutriments comme les oméga 3, atténueraient entre autres les mécanismes d’inflammation cérébrale qui font vieillir prématurément le cerveau. D’autres compléments alimentaires, comme les vitamines B9, B6 et B12, consommés sans excès, pourraient également être bénéfiques. À l’inverse, les nombreux additifs présents dans les aliments transformés, comme les nitrites de la charcuterie, augmentent le risque d’apparition d’une démence.

Reste qu’une bonne alimentation, rappelle le psychonutritioniste, n’est qu’un élément parmi d’autres. Se bouger, voir régulièrement des amis et faire fonctionner ses neurones (en lisant Pour la Science par exemple…) sont autant de bonnes habitudes complémentaires essentielles. Pour rajeunir ses neurones, rien de tel, donc, qu’une bonne bouillabaisse après une marche entre amis !

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