Revues de presse

La revue de presse du 01 février 2026

Un champion tricolore du calcul

Plus de un milliard de milliards de calculs par seconde, soit un exaflop : c’est la performance du supercalculateur que l’entreprise française Eviden, installée à Angers et filiale du groupe Atos, va livrer prochainement au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Un seuil vertigineux que seuls les États-Unis et la Chine sont aujourd’hui capables d’atteindre. Distribuée dans une centaine d’armoires électriques, pour un poids total de 280 tonnes, cette puissance extrême de calcul permettra de simuler l’action d’un médicament, ou des explosions nucléaires. Un outil majeur de souveraineté (même s’il utilise massivement des puces américaines Nvidia), à l’heure où les alliés d’hier se comportent parfois comme les adversaires de demain.

[Le Monde]

On mange aussi avec le cœur

Bien manger, cela s’apprend. Mais les programmes d’éducation alimentaire manquent souvent d’impact auprès d’enfants peu emballés par les épinards. Pourquoi ? Peut-être parce qu’ils font l’impasse sur les émotions. Or, la littérature montre qu’une ambiance joyeuse ou ludique, ressentie lors du repas, favorise une alimentation diversifiée. Inversement, se servir des aliments comme des récompenses ou des objets de chantage développe des biais émotionnels favorisant à terme le surpoids. Trois catégories de parents ont été identifiés : les « coercitifs », maniant menaces et récompenses, les « structurés », qui posent juste des règles, et les « autonomes », qui laissent l’enfant faire ses choix. Trois modes d’éducation qui conduisent à des pratiques alimentaires différentes. Des chercheurs conseillent de faire du repas un moment de bien être et de confiance, plus propice aux nouvelles expériences gustatives. N’oubliez pas de sourire quand vous servirez des épinards aux enfants !

[The Conversation]

La tour Eiffel accordera la science au féminin

En 1889, Gustav Eiffel qui édifie dans Paris sa fameuse tour éponyme, choisit d’en faire un « panthéon des sciences ». Il fait inscrire, sur la grande frise du premier étage, le nom de 72 des plus grands savants français qui ont marqué l’histoire depuis la Révolution. Évidemment, tous sont des hommes. Une injustice que la mairie de Paris s’apprête à corriger, en proposant de compléter la frise de 72 nouveaux noms, mais de femmes scientifiques. Des noms moins célèbres, hormis Marie Curie et sa fille, ou la biologiste Rosalind Franklin, mais dont le rappel incitera peut-être les filles d’aujourd’hui à s’orienter davantage vers des carrières scientifiques. La liste a été soumise aux académies des sciences, des technologies et de la médecine, à qui il reviendra de réparer cette misogynie de l’histoire.

[Télérama]

La revue de presse du 25 janvier 2026

Les robots humanoïdes arrivent !

Vieux rêve de science-fiction, les robots humanoïdes commencent à se déployer dans les usines chinoises. En novembre, la firme chinoise Ubtech annonçait avoir livré en 2025 plus de mille exemplaires de son Walker S2, qui marche de façon autonome, saisit et déplace des objets. Pour l’heure, il s’agit d’évaluer leurs capacités et d’accumuler des données, car ces bipèdes mécaniques ne savent encore réaliser que des tâches simples. Mais leur aptitude progressive à improviser pourraient en faire plus tard des travailleurs universels, capables d’opérer dans des environnements conçus pour les humains. D’abord dans l’industrie automobile, qui offre des environnements standardisés favorables à la robotisation. Puis partout où les tâches sont répétitives ou dangereuses. En particulier, comme aime le prophétiser la science fiction, pour des usages militaires.

[Revue Nature]

Le Groenland s’agrandit

Et cela n’a rien à voir avec la volonté du président Américain Trump de l’annexer. La fonte rapide, liée au réchauffement climatique, de l’immense calotte de glace qui le recouvre, va en effet faire rebondir le sol en dessous. Cette calotte de 3 km d’épaisseur creuse la terre sous elle comme le ferait une lourde boule de bowling sur un matelas, et sa masse attire en parallèle, par gravitation, l’eau de mer à proximité. Un double effet qui disparaît avec la fonte accélérée de la glace, dont l’allègement soudain fait remonter localement la terre. Or, les mesures GPS révèlent que ce rebond se produit beaucoup plus rapidement que prévu. Résultat ? Le Groenland sera l’une des rares régions du monde dont les côtes s’étendront en 2100 au lieu de se réduire : le niveau de la mer pourrait localement chuter de 1 à près de 4 mètres. De quoi aiguiser davantage encore les appétits d’annexion ?

[Revue Science]

Malin comme une vache?

On pensait que la capacité à utiliser des outils différemment en fonction de la tâche était l’apanage des humains et, à la rigueur, des chimpanzés. Il semblerait désormais que la vache – qui n’est pas forcément l’animal auquel on pense spontanément pour évoquer l’intelligence – en soit elle aussi capable. Veronika, une vache autrichienne de 13 ans, a en effet appris d’elle-même à utiliser un balai-brosse pour se gratter, de façon différente selon la partie du corps. Une capacité qui a stupéfait les biologistes de la cognition de l’université vétérinaire de Vienne. Veronika attrape le balai avec sa bouche, et choisit de se gratter le dos, là où la peau est épaisse, avec la brosse, mais utilise au contraire le bout rond du manche, plus doux et précis, pour le ventre ou le pis. Un double usage vachement malin.

[Le Monde]

La revue de presse du 18 janvier 2026

Cartographier les cancers en France

Aussi surprenant que cela paraisse, la France ne disposait pas d’un registre national des cancers, qui constituent pourtant la première cause de mortalité dans le pays. Cette lacune vient d’être réparée, avec la publication du décret d’application qui officialise son développement. Jusque-là, les calculs d’incidence, de prévalence et de mortalité des cancers ne reposaient que sur des estimations, à partir de registres locaux qui ne couvrent qu’un quart de la population. L’île-de-France, par exemple, mais aussi des abords de sites classés Seveso, n’étaient pas couverts, obligeant les experts à des extrapolations laborieuses. Il devenait donc urgent de disposer d’un tel registre, comme il en existe dans plusieurs pays européens, pour mieux apprécier l’impact de l’environnement sur l’apparition des tumeurs. Confié à l’Institut national du cancer (INCa), ce registre croisera des données de multiples sources médicales, pour servir d’appui à la recherche.

[Le Monde]

Le premier télescope spatial privé

Alors que l’administration américaine sabre les budgets de la recherche, des philanthropes prennent le relais. La fondation Schmidt Sciences financera la mise en orbite d’un grand télescope nommé Lazuli. Équipé d’un miroir de 3,1 mètres, plus grand que celui du télescope Hubble de la Nasa, il facilitera l’étude des exoplanètes ou la détection de supernovae.

Le projet s’accompagne de trois observatoires au sol. Deep Synoptic Array (DSA), dans le Nevada, comprendra 1600 coupoles radio de six mètres de large, qui réaliseront une image radio du ciel toutes les 15 minutes. Argus Array, constitué de 1200 télescopes de 28 centimètres, dans le Texas, fera de même dans le domaine optique. Le Large Fiber Array Spectroscopic Telescope (LFAST), synchronisera de son côté des milliers de miroirs de 76 centimètres, qui transmettront leur lumière à un spectrographe, pour étudier entre autres la composition chimique des exoplanètes.

[Revue Science]

Pourquoi mon chien a les oreilles qui pendent ?

Le basset hound est craquant avec ses oreilles démesurées qui traînent au sol. Mais à quoi les doit-il ? À quelques lettres de son ADN. C’est ce que suggère une analyse génétique menées sur plus de 3 000 chiens, loups et coyotes, dans une zone proche du gène MSRB3. Celui-ci code pour une protéine antioxydante, déjà impliquée dans la taille d’oreille des cochons, moutons et chèvres. Des variations dans cette région boosterait l’activité de MSRB3 et accroîtrait la vitesse de prolifération des cellules de l’oreille. Procurent-elles un avantage adaptatif ? Les longues oreilles perdraient plus de chaleur que les courtes, mais elles amélioreraient l’instinct de chasse en rabattant les odeurs vers le nez. Cette étude n’épuise cependant pas le sujet, d’autres gènes pouvant intervenir dans la forme précise des oreilles, pendantes ou droites. Voilà qui ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd.

[Revue Nature]

La revue de presse du 10 janvier 2026


Un Da Vinci Code… génétique

Comment s’assurer qu’un tableau a bien été peint par Léonard de Vinci ? Les experts débattront d’un coup de pinceau trahissant le maître. Le Leonardo Da Vinci DNA Project (LDVP) développe une méthode plus objective : récupérer des traces d’ADN sur la toile, et voir si elles correspondent à des séquences du peintre génial. Sauf que son ADN est inconnu. En reste-t-il des brins dans sa tombe, profanée au 19e siècle ? À moins qu’il soit plus aisé de s’intéresser à l’ADN mitochondrial, plus abondant mais qui s’hérite par la mère. Or personne ne sait où gît celle de Léonard. Le LDVP se focalise donc sur le chromosome Y, transmis de père en fils. Des lignées paternelles ont été retracées jusqu’à aujourd’hui. Dernière piste : analyser des fragments d’ADN sur des lettres écrites par sa famille proche. Un travail de fourmi. Mais la méthode pourrait s’étendre à d’autres énigmes de paternité artistique
[Science]


Le puzzle de nos origines s’enrichit

Des mandibules, des vertèbres et un fémur retrouvés près de Casablanca, au Maroc et datés de 773 000 ans suggèrent qu’Homo sapiens possédait bien des racines anciennes en Afrique. Découverts dans une ancienne tanière de carnivores, les ossements ont été précisément datés par l’analyse des variations magnétiques des sédiments où ils reposaient. Et ils présentent quelques caractéristiques évoquant Homo sapiens. Insuffisant pour en faire avec certitude les restes de nos ancêtres, mais pertinent pour affaiblir le scénario selon lequel Homo sapiens aurait pu naître en Asie d’hominines plus primitifs. Dans tous les cas, cette découverte montre que l’Afrique a bien été le théâtre d’une évolution buissonnante, au moment où se séparaient les lignées dont seront issus Homo sapiens, Neandertal ou l’homme de Denisova.

[Le Monde]


Mais pourquoi procrastine-t-on ?

Vous procrastinez ? Rassurez-vous, ce n’est pas par paresse et il y a des solutions pour y remédier. Car si l’on repousse les tâches pénibles, c’est par rigidité d’esprit. Le cerveau se focalise sur l’inconfort qu’il anticipe. Et par défense, il se laisse activer par ce qui lui procure un bien-être immédiat, comme scroller sur son smartphone. Chez les esprits trop rigides, le cerveau peine à dépasser sa prédiction initiale selon laquelle la tâche va être désagréable voire insurmontable. Mais on peut l’y aider, en décomposant le travail en micro-tâches, en se mettant en mouvement par des micro-actions comme ranger son bureau, ou en associant la tâche à quelque chose d’agréable (de la musique, une boisson chaude…), pour rendre la première étape moins difficile et activer d’emblée les circuits de la récompense. Si vous vous ruez sur la machine à café dès votre arrivée au bureau, ce n’est donc nullement par paresse, mais pour mieux vous mettre au travail.

[The Conversation]

La revue de presse du 20 décembre 2025

Protéger la Terre

C’est une angoisse vieille comme le monde : que le ciel nous tombe sur la tête. Ou plutôt un astéroïde, comme celui qui provoqua sans doute l’extinction des dinosaures. Nous prévenir avant est l’objectif du projet NEO (Near-Earth Object), officiellement démarré en 2022. Objectif : développer un télescope spatial pour 2027, capable de repérer tout objet jusqu’à 140 mètres de long, évoluant à proximité dangereuse de la Terre. Des projectiles encore largement indétectables avec les moyens actuels, mais qui pourraient, en cas de collision, rayer de la carte une ville entière comme Paris. Or moins de la moitié de leur nombre théorique a pu être jusque-là identifié. Le télescope NEO les traquera dans l’infrarouge, et depuis l’espace pour être moins ébloui par le soleil. En cas de détection, il permettra – peut-être – d’organiser en urgence une mission pour dévier sa course ou le détruire. Un objectif qui fait encore consensus au sein de l’administration américaine.

[Science]

Bientôt tous myopes ?

Près de la moitié de la population mondiale devrait devenir myope d’ici à 2050. Un tiers des enfants et adolescents le sont déjà. Et jusqu’à près de 90 % des 17-18 ans dans les zones urbaines de Singapour, Chine, Taïwan ou du Japon. Des facteurs génétiques prédisposent à devenir myope. Mais l’environnement joue un rôle majeur, avec deux principaux coupables identifiés : un manque de temps passé à l’extérieur (la lumière du soleil jouerait un rôle protecteur) et trop de vision prolongée de près, notamment pour regarder des smartphones tenus très proches des yeux. Le manque de sommeil serait aussi un facteur aggravant. Des lunettes associant partie centrale concave et lentilles périphériques convexes peuvent freiner l’allongement de l’oeil responsable de la myopie. À utiliser en parallèle d’une bonne cure de soleil et de sommeil, smartphone laissé sagement en poche.

[Le Monde]

Un nouveau standard démultiplie les pouvoirs de l’IA

Le web a pu se développer, à l’orée des années 2000, grâce à la puissance du langage html adopté par tous. L’IA adopte à son tour son propre standard, qui permet aux « agents » de communiquer avec n’importe quelle application, pour échanger des informations et transmettre une action. Son nom ? MCP (Model Context Protocol). Développé en 2024 par Anthropic pour son IA Claude, il a été très vite adopté par les grands acteurs du domaine. ChatGPT l’utilise par exemple pour interagir avec Booking.com, Expedia ou Spotify. Anthropic le cède désormais officiellement à la Linux Foundation, qui garantira ainsi son statut open source, ce qui permettra à d’autres d’en améliorer la sécurité. Le grand public, lui, se souciera sans doute peu de connaître le détail des procédures utilisés. Il constatera juste que son agent IA est capable de faire toujours plus de choses, toujours plus vite.

[The verge]

Le plus vieux mur englouti de France

Un mur géant, de 120 mètres de long pour 20 mètres de large à sa base, a été découvert sous neuf mètres d’eau, au large de l’île bretonne de Sein. Vieille de 7 000 à 8 000 ans, la construction soumise à de forts courants marins comprend 62 monolithes et grandes dalles reposant sur un mur aplati haut de 2 mètres. À quoi pouvait-elle bien servir ? Protection contre les tempêtes ou contre la montée des eaux ? À moins qu’il ne s’agisse d’un barrage destiné à piéger les poissons à marée descendante. Pour les archéologues, l’enquête ne fait que commencer.

[Le Monde]

Bientôt Terminator ?

L’intelligence artificielle va-t-elle finir par nous détruire ? Ils sont de plus en plus nombreux, parmi les chercheurs du domaine, à le redouter. Que ce soit parce qu’un humain en aura fait mauvais usage, que l’IA décide d’échapper à notre contrôle, ou qu’elle se diffuse tellement que notre monde devienne trop complexe pour que nous ayons la moindre prise sur lui. Certes, ChatGPT ou Gemini sont encore loin d’avoir de tels pouvoirs. Mais une IA se développant comme un organisme vivant, elle peut évoluer de façon imprévue. Certaines sont déjà conçues pour prendre des initiatives. Résultat ? Elles se mettent parfois à mentir, à tricher, pour mieux atteindre leur objectif. Et tentent même de bloquer leur désactivation. Qu’arrivera-t-il si une telle IA déduit que l’humanité, dans son ensemble, est néfaste à la réussite de sa mission ? Elle pourrait bien choisir de nous supprimer. Sans haine, mais sans empathie non plus.

[Le Monde]

Construire ses propres armes contre le cancer

Reconditionner ses propres cellules immunitaires, pour en faire des missiles guidés contre les tumeurs, est une approche devenue courante : des cellules dites T sont récupérées et cultivées in vitro, puis on leur ajoute en surface, par manipulations génétiques, un récepteur chimérique à un antigène (CAR), qui leur permet de reconnaître les cellules de la tumeur à détruire. Le procédé, qui utilise un virus pour introduire des nouveaux gènes dans les cellules T, est néanmoins très long et coûteux. Une nouvelle approche a été testée avec succès, consistant à introduire la séquence génétique, via un lentivirus, directement dans l’organisme, pour laisser cet ADN se répandre lui-même dans les cellules T du patient. Deux premiers essais cliniques, réalisés chacun sur quatre patients atteints de myélome, sont très prometteurs, avec une disparition observée de la tumeur. Des résultats suivis de près, pour un protocole qui pourrait s’étendre à d’autres pathologies comme le lupus.

[Science]

La revue de presse du 14 décembre 2025

Des jeunes pas si nuls

Les jeunes d’aujourd’hui sont-ils plus incultes ou paresseux que leurs parents ? La conviction que chaque nouvelle génération décline se répète depuis l’Antiquité. Pourquoi ? Deux chercheurs en psychologie ont questionné des Américains sur la façon dont ils jugeaient les jeunes. Résultats ? Plus la personne interrogée est elle-même à l’aise en arithmétique et en vocabulaire, plus elle juge les jeunes moins intelligents que sa propre génération. Plus elle aimait la lecture lorsqu’elle était enfant, plus elle juge que les jeunes d’aujourd’hui n’aiment pas lire. Nous trouverions donc les jeunes faibles dans les domaines où nous serions nous-mêmes performants. Mais l’étude montre aussi que nous aurions tendance à nous croire représentatifs des jeunes d’avant. Le ressenti serait donc doublement biaisé : d’abord en comparant avec nos propres points points forts, puis en les généralisant à notre génération.

[L’Express]

Le ver dans le fruit

Les sciences s’appuient sur un principe qui assure sa crédibilité : les résultats publiés par un laboratoire doivent pouvoir être reproduits et confirmés par un autre laboratoire. Un chercheur a donc testé la solidité de 400 articles, publiés entre 1959 et 2011 dans son domaine, l’immunité de la drosophile. Les résultats n’ont rien de catastrophique : environ 80 % des affirmations publiées se sont plus tard révélées tenir finalement la route. Mais les affirmations les plus fragiles proviennent souvent, étonnamment, des « revues trophées » comme Nature, Science ou Cell, ou d’institutions prestigieuses. Les énoncés non reproductibles ont en fait tendance à concerner les chercheurs extérieurs au domaine, qui investissent un champ de recherche pour gagner en visibilité. Un résultat qui traduit l’impact du carriérisme et de la course au spectaculaire sur la fiabilité des publications.

[EPFL]

Naturel ou pas ?

Un lac artificiel est-il naturel ? Derrière cette question faussement paradoxale se dessine un vrai problème philosophique, celui de la nature de… la nature. L’Occident moderne a théorisé le dualisme entre l’humain et la nature, colonisée et détruite par l’industrie. Mais ce partage n’est ni universel ni immuable. Et nombreux sont les philosophes ou les anthropologues à brouiller depuis vingt ans cette frontière, provoquant l’hostilité des technocritiques d’une part, qui voudraient réensauvager l’humain, et des écomarxistes d’autre part, qui prônent au contraire une libération de l’« ordre naturel ». Pourquoi considérer la technologie comme non-naturelle ? Le concept de nature est-il lui-même utile ? Un débat qui émerge en même temps que s’esquissent des tentatives de renouveler notre rapport au vivant. Ou plutôt… aux autres vivants.

[Le Monde]

La revue de presse du 06 décembre 2025

Mâle alpha déchu

L’idée que chez les humains, à l’instar des chimpanzés, gorilles ou orangs-outans, le patriarcat découlerait naturellement de notre nature de primates, prend du plomb dans l’aile. Une méta-analyse révèle que sur 121 espèces de primates étudiées, une dominance du mâle n’est établie que dans 17 % des cas, avec une corpulence masculine plus importante. Mais pour 13 % des espèces, dans lesquelles les femelles contrôlent la reproduction ou sont en forte compétition entre elles, ce sont elles au contraire qui dominent, comme chez les lémuriens. Dans 70 % des cas, soit l’immense majorité, la dominance est tantôt masculine, tantôt féminine, selon le contexte, ou indéterminée. Le comportement sexué des primates est donc en fait très flexible. Et la primauté du mâle n’aurait chez l’humain, le plus flexible des primates, rien de naturel ni d’inéluctable.

[Le Monde]

L’IA cherche la vie

L’IA s’infiltre partout, jusqu’à refaire parler les morts. Mais elle peut aussi servir à identifier des traces de vie primitive. Une équipe américaine a mis en évidence des traces microbiennes dans des roches sud-africaines de 3,3 milliards d’années. Ainsi que des brins de molécules laissés par des microbes producteurs d’oxygène par photosynthèse, il y a 2,5 milliards d’années. Originalité de leur travail ? Ils ont utilisé dans les deux cas le machine learning. Une IA identifie des milliers de petits fragments de molécules organiques fortement dégradées, et analyse leur distribution, à la recherche de motifs trahissant une origine vivante, qu’elle reconnaît avec une fiabilité supérieure à 90 %. L’IA pourrait ainsi se lancer à la recherche de traces de vie sur Mars ou sur d’autres astres du système solaire.

[Reuters]

Malbouffe prioritaire

Entre la santé des consommateurs et celle de l’agroalimentaire, priorité a été donnée à l’industrie. D’abord par le report in extremis, par Matignon, de la publication de la stratégie alimentation, nutrition et climat, attendue depuis plus de deux ans, dont l’ambition est de permettre à tous les Français de manger sainement. Le consensus s’est fracassé sur les aliments ultratransformés, dont il ne serait question, pour le ministère de l’agriculture, d’inciter à limiter la consommation malgré le faisceau convergent d’études démontrant leur nocivité. Pour ne pas être en reste, l’Assemblée nationale a rejeté la mesure visant à généraliser l’affichage du Nutri-Score sur les emballages d’aliments, qui restera donc sur la base du volontariat. Et ce, alors que le surpoids concerne aujourd’hui près d’un adulte sur deux.

[Le Monde]

La passion, un obstacle féminin aux sciences ?

Pourquoi les femmes se dirigent-elles moins que les hommes vers des études scientifiques et techniques (à l’exception des sciences de la vie et de la Terre) ? Les stéréotypes de genres, ou une moindre confiance en soi, sont souvent évoqués. Une étude suggère une cause plus inattendue : les filles auraient plus tendance à choisir des études qui les passionnent, que les garçons, plus nombreux à vouloir un emploi rémunérateur. Un choix que renforcent les parents, laissant davantage les filles étudier ce qu’elles préfèrent, et mettant plus de pression sur les garçons pour qu’ils s’orientent vers des carrières rémunératrices. Par ailleurs, les filles auraient des goûts plus diversifiés, et plus de mal à renoncer aux matières qu’elles apprécient. Augmenter le nombre de femmes scientifiques nécessiterait donc de rendre les sciences plus passionnantes pour elles, et de créer plus de filières multidisciplinaires.

[The Conversation]

La revue de presse du 28 novembre 2025


Éloge de la simplicité
Fini le temps où l’on réparait sa 2CV avec trois vis et une ceinture de pantalon : la moindre panne sur le matériel high tech d’aujourd’hui coûte une fortune et nécessite une expertise pointue. Peut-on faire « machine arrière » ? Inspiré des Lego et Meccano qui ont fait naître tant de vocations d’ingénieurs, le Global Village Construction Set fournit les schémas de construction d’une cinquantaine de machines complémentaires, du tracteur à l’imprimante 3D, simplifiées à l’extrême. Reconfigurable à sa guise, sur le principe des logiciels open source, constructible à partir d’éléments bons marchés et disponibles sur Internet, ce kit technologique élémentaire est adaptable partout dans le monde et aisément réparable. Une démarche qui s’inscrit dans un rapport réinventé avec la technique, pour augmenter notre autonomie et non la réduire.
[https://www.technologyreview.com/2025/10/16/1125146/civilization-start-kit-open-source-essential-machines/]

Le 6e sens des pigeons
Que des espèces animales, tels les oiseaux migrateurs, utilisent les champs magnétiques pour s’orienter, cela est connu depuis des décennies. Reste à savoir comment. États de spin dans des protéines photosensibles de la rétine ? Cristaux de magnétite s’orientant selon les lignes de champs ? De nombreuses théories ont été émises. En 1882, un zoologiste avait proposé que les variations de champ magnétique induisent dans l’oreille interne des minuscules courants électriques dont l’orientation ferait office de boussole. Des travaux publiés (en anglais) dans la revue scientifique Science par l’université de Munich confirment que, chez les pigeons, des canaux à ions sensibles au voltage, dans des cellules de l’oreille interne, détectent les courants électriques. Un signal informant le noyau vestibulaire d’une variation de champ magnétique. Ce mécanisme se retrouve-t-il chez d’autres espèces ?
[https://www.science.org/content/article/pigeons-sense-earth-s-magnetic-field-entirely-new-way]

Des chimios sans crise de nerf ?

Près de 90 % des patients sous chimiothérapie ressentent des picotements dans les mains et les pieds, des brûlures, douleurs, pertes de sensibilité ou sensations d’engourdissement. En cause ? Des neuropathies périphériques, qui peuvent persister des mois, voire des années après le traitement, sans traitement efficace pour les prévenir. Le média The Conversation annonce qu’un nouveau composé, le Carbal, protégerait les neurones des effets toxiques de la chimiothérapie, tout en renforçant son efficacité. Il agit sur les microtubules et augmente la résistance des neurones au stress métabolique. L’effet neuroprotecteur a été confirmé sur trois agents chimiothérapeutiques : le paclitaxel, le cisplatine et le bortézomib. Des premiers essais concluants ont été menés chez le rat, mais il faudra poursuivre chez l’humain.

[https://theconversation.com/effets-secondaires-des-chimiotherapies-une-molecule-francaise-prometteuse-pour-lutter-contre-les-neuropathies-peripheriques-dont-souffrent-pres-de-90-des-patients-269727]