Le plastique, nouvel eldorado de l’industrie pétrolière

Alors que la consommation de pétrole comme carburant pourrait bientôt marquer le pas, les grandes compagnies, publie en janvier 2026 le magazine Pour la Science, réorientent la production vers un autre débouché : les matières plastiques. Avec des conséquences environnementales tout aussi désastreuses.

Le boom des énergies renouvelables, solaire en tête, laissait entrevoir la possibilité d’un monde peu à peu libéré des nuisances du pétrole. Las ! La lecture du numéro de janvier 2026 du magazine Pour la Science vient doucher cet espoir prématuré. Car l’industrie pétrolière, nous y explique-t-on, a déjà forgé sa parade pour conserver ses profits : vendre le même pétrole non plus comme énergie primaire, mais sous forme de plastiques, dont il est la matière première principale. Or, les calamités écologiques volant en escadrille comme avions de chasse, la pollution plastique est sans doute tout aussi redoutable, à terme, que le réchauffement climatique. Ou du moins est-il vain, entre peste et choléra, d’établir un classement pertinent en la matière.

ExxonMobil prévoit déjà, selon l’enquête publiée, d’augmenter de 80 % sa production pétrochimique d’ici à 2050, pour satisfaire nos appétits de plastique. Car la demande pour cette matière peu coûteuse, transformable à volonté et redoutablement résistante, ne cesse d’augmenter. Dix milliards de tonnes ont déjà été produites depuis le 20e siècle par l’industrie, dont près de 80 % ont fini – au mieux – en décharges ou directement dans la nature. Seuls 9 % ont été recyclés, et 12 % incinérés. Ce cumul suffirait, nous raconte Pour la Science, à recouvrir la surface des États-Unis d’une couche de plastique épaisse jusqu’aux chevilles. La moitié ne sert qu’à produire des articles à usages uniques, sachets, pailles, bouteilles et autres gobelets. À peine achetés puis jetés, ils se décomposeront en fragments de plus en plus petits, qui se disperseront dans les champs, les rivières, jusqu’à l’air que nous respirons. Tous les organes de nos corps s’empreignent peu à peu de microscopiques résidus de plastique.

Le marché des pays riches étant saturé, c’est vers les pays plus pauvres que se tourne à présent l’industrie pétrochimique, tandis que ces mêmes pays reçoivent en parallèle, par barges entières, des tonnes de plastiques prétendument à recycler. La journaliste s’est rendue à la périphérie de Surabaya, en Indonésie, là où finissent une partie de ces plastiques dont nous ne voulons plus chez nous. Elle les a vus y être brûlés comme carburant, pour chauffer dans des volutes de fumées cancérigènes, des cuves artisanales de mélange de soja qui serviront à produire des blocs de… tofu. Soyons justes, quelques pourcents sont vraiment recyclés. Ils finiront en granulés de qualité inférieure. Navrant paradoxe : ce plastique revient plus cher à recycler qu’à produire directement à partir du pétrole. Et ce, d’autant plus que l’industrie augmente sa production et optimise les procédés. La logique industrielle pousse donc à produire chaque année davantage.

Alors oui, l’article rappelle que l’Union européenne interdit peu à peu ces plastiques à usage unique. Elle impose le recyclage des bouteilles, interdit les couverts jetables dans les restaurants. Mais cela suffira-t-il ? Les 180 pays réunis en août dernier pour négocier un traité des Nations Unions sur la pollution plastique ont échoué, nous rappelle-t-on, à imposer quoi que ce soit de réellement contraignant aux compagnies pétrolières. Lesquelles se réfugient encore derrière l’écran du recyclage pour se donner bonne conscience. On quitte la lecture avec ce sentiment que le pétrole ne nous lâchera pas. Qu’il gardera obstinément son statut de produit chimiquement miraculeux, mais aux conséquences sociales et environnementales toujours plus désastreuses.

Jean Barberousse