Après le big bang, aura-t-on un big crunch, un big crack ou un big freeze ?

La fin des temps aura-t-elle lieu ? C’est la question que pose le magazine Epsiloon dans son numéro hors-série #16. Il n’est évidemment pas question, dans les colonnes de ce magazine scientifique, d’eschatologie et de jugement dernier. Mais plutôt de faire le point sur les réponses qu’apporte aujourd’hui la cosmologie à l’éternelle question de la fin inéluctable, ou pas, de notre Univers.

Pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents d’une longue saga, rappelons que depuis une trentaine d’années, les cosmologistes observaient une accélération de l’expansion de notre univers depuis le big bang. C’est-à-dire que, sous l’effet d’une « énergie noire » dont la nature reste totalement inconnue, non seulement l’espace entre deux étoiles ou deux galaxies quelconques ne cessait d’augmenter, mais cette expansion de l’espace lui-même était de plus en plus rapide. Conséquence ? Chaque galaxie, puis chaque étoile, était destinée à devenir de plus en plus éloignée de toutes les autres, puis les atomes mêmes à l’intérieur de chaque étole, jusqu’à ce que toute la matière finisse déchirée dans un éparpillement à l’infini.

Ce « grand déchirement », comme le nomme le magazine, ou « big crack » pour faire moins littéraire, n’aura finalement peut-être pas lieu. Du moins si l’on en croit les derniers résultats du programme DESI (Dark Energy Spectroscopic Instrument). Car il vient de montrer que cette accélération de l’expansion, que l’on croyait constante depuis le big bang, aurait tendance à s’essouffler depuis environ trois milliards d’années. Il n’est pas exclu, dès lors, que l’univers connaisse au contraire un « grand effondrement », causé par la gravitation. Un « big crunch », qui ressemblerait à un big bang visionné en marche arrière (une image qui parlera davantage à ceux qui ont connu les vieux magnétoscope à cassettes…). Et ce, à cause de la fameuse matière noire, cette masse invisible que les astronomes ne parviennent pas à détecter, mais dont ils mesurent chaque jour la présence, et qui représenterait un total au moins cinq fois supérieur à celui de toute la matière visible dans les télescopes. Cet effondrement pourrait avoir lieu, selon les calculs, dans une petite vingtaine de milliards d’années.

L’Univers s’autodétruira-t-il pour autant ? Rien n’est moins sûr, nous rappelle Epsiloon. Car lorsque la matière se concentre à l’échelle microscopique, ce sont les lois de la physique quantique qui règnent en maître. Or celles-ci interdisent formellement à plusieurs particules de matière de se trouver simultanément dans le même état. Toute la matière de l’Univers ne pourra donc pas se rassembler en un même point, que les théoriciens appellent une « singularité ». Le scénario le plus probable est donc un rebond cosmique, un nouveau big bang, jusqu’au prochain big crunch. L’Univers alternerait ainsi des phases d’expansions et de compressions, un peu comme un cœur cosmique, qui battrait on ne sait trop dans quoi d’ailleurs puisqu’en principe rien n’existe, pas même l’espace, hors de l’univers lui-même…

À moins qu’un dernier scénario, rendu plus plausible par les derniers résultats de DESI ne soit finalement le bon : le « big freeze », l’univers poursuivant indéfiniment son extension, car les forces de gravitation ne parviendraient jamais à contrebalancer totalement cette expansion. Une mort infiniment lente qui conduira à l’extinction progressive de toutes les étoiles, et même à l’évaporation des trous noirs. Jusqu’à ce que le temps lui-même perde peu à peu toute substance quand toute structure aura disparu.

Alors Big crack, big crunch ou big freeze ? Les paris restent ouverts. Les cosmologistes s’accordent néanmoins tous sur un point, et pas des moindres : quel que soit le scénario finalement retenu, la fin des temps ne sera pas pour demain.

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